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LES CEVENNES

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Carte des CévennesLes vallées ravinées de ce rude pays, où la main de l'homme, au cours des siècles, a su aménager et transformer l'œuvre de la nature, s'étendent sur l'Ardèche, le Gard, l'Hérault. Mais le cœur de la Cévenne est en Lozère et s'y étend sur quatre cantons : Pont-de-Montvert, Florac, mais surtout Barre et Saint-Germain-de-Calberte. La Cévenne pousse une pointe au nord-est vers Villefort et la vallée de la Borne, une autre à l'ouest, vers le canton de Meyrueis. On peut dire, pour simplifier, que les Cévennes s'étendent des pieds du mont Lozère aux pieds de l'Aigoual.

C'est un pays très différent des Causses et qui contraste absolument avec l'Aubrac ou la Margeride. Et l'histoire y a implanté, au XVIe siècle, ce catholicisme revu, réformé, épuré par Calvin, ce protestantisme qui a opposé par la guerre ce bas pays au reste du Gévaudan.

Protégées par le Parc National, les Cévennes se dressent face à la plaine languedocienne et à la Méditerranée. Dédale de vallées profondes, où serpentent les gardons aux eaux cristallines, les Cévennes sont recouvertes par la châtaigneraie traditionnelle, à laquelle se joignaient au cours des siècles passés, les mûriers pour l’élevage du ver à soie, dans les magnaneries. Pays "rebelle" et de traditions, les Cévennes se découvrent un peu plus à chaque détour d’une route sinueuse ou d’un chemin où il fait bon flâner.

L'Habitat : Trois roches, trois univers

En Cévennes, la roche partout présente n'offre guère d'unité ; toutes sont réunies, des plus anciennes aux plus jeunes, se côtoient ou s'imbriquent les unes aux autres et offrent les paysages les plus variés et les plus opposés qui soient.

Le schiste des Cévennes

Shiste dans les CévennesLes schistes, souvent sombres et luisants donnant parfois des reflets dorés ou bleus, se reconnaissent aisément à leur aspect feuilleté, plissé voire fissuré. Ils sont essentiellement composés de mica en paillettes fines et luisantes dont les couleurs varient au gré de leur composition chimique (oxydes de silicium et d'aluminium associés à différents éléments).
Ainsi, le mica peut être blanc sous forme de cristaux plus ou moins gros (la muscovite ou la séricite), il peut égaiement être noir sous forme de paillettes (la biotite) ou encore rouille, coloré par le fer.

Entaillé par de profondes vallées, le schiste donne le ton à ce paysage du cœur des Cévennes qui peut sembler au premier abord âpre et austère.

Dans le détail, le profil des vallées n'est pas exactement symétrique. Souvent, le versant qui suit les « plans de schistosité » est plus doux et régulier, entièrement couvert par la végétation. L'autre au contraire, qui tranche le revers des couches, est beaucoup plus abrupt et laisse apparaître ici ou là des escarpements rocheux au milieu de la pente. Les longues crêtes aiguës, hérissées par la roche sombre, ne permettent qu'un difficile passage.

Le granite

Chaos granitiqueLe granite est une roche massive aisément reconnaissable aux trois minéraux qui la composent.
Les plus visibles et les plus gros, de couleur blanchâtre, peuvent parfois atteindre dix centimètres dans le granite porphyroïde ou « granite à dents de cheval » ; il s'agit des feldspaths (silice, alumine associés au potassium, au sodium, au calcium). On distingue également les paillettes brillantes de mica blanc ou noir et les cristaux de quartz translucides semblables à du gros sel (silice pure).

On associe couramment haut pays et granite, à l'image de cette longue croupe usée du mont Lozère que l'on retrouve décalée vers le nord par la faille de Villefort, dans le massif de la Borne. Dans le massif de l'Aigoual, ils s'imbriquent étroitement aux schistes et se prolongent en une large bande vers l'est jusqu'à Lasalle et Saint-Jean-du-Gard par la montagne du Liron et vers l'ouest jusqu'au rebord des causses et Saint-Jean-du-Bruel, par la montagne du Lingas.
De curieux chaos de roches arrondies viennent animer les surfaces dénudées de ces hauts plateaux aux formes lourdes. Dans cette roche apparemment très résistante, les rivières ont creusé de profondes vallées qui n'ont rien à envier aux gorges des Grands Causses ; vallon de Gourdouse près de Vialas, Borne et Chassezac en Ardèche, haute vallée du Tarn.

Calcaire et dolomie

DolomieLe calcaire est formé de carbonate de calcium. Il provient directement de l'accumulation au fond des mers, sur de très grandes épaisseurs, de couches successives de boue calcaire formées de coquilles et de débris d'animaux marins. L'origine marine des calcaires est attestée par les empreintes d'animaux, simples traces ou coquilles entièrement cristallisées : les fossiles.

En effet, le poids énorme des sédiments exerce de très fortes pressions qui parviennent à cristalliser les matériaux accumulés. Le calcaire reste associé au paysage des hauts plateaux caussenards que l'on retrouve dans les « can » du haut pays (can de l'Hospitalet, causse de Camprieu). Séparés de leurs « grands frères » par de profondes vallées, ils n'en constituent que le prolongement. On les retrouve également dans toutes les basses Cévennes qui, du sud-ouest au nord-est, de Ganges aux Vans, en un liseré large de un à dix kilomètres, suivent l'axe de la célèbre faille des Cévennes et séparent les hautes vallées du schiste et du granite de la garrigue et de la plaine languedocienne, et on y retrouve les mêmes chaos de roches dolomitiques que sur les causses.

Si les calcaires des causses sont disposés en couches déposées durant soixante millions d'années et sagement empilées les unes sur les autres dans la bordure des basses Cévennes, ils sont affectés de nombreux plis bien visibles à Anduze.

Ce sol fait de rochers escarpés, de pierrailles croulantes, provient d'anciens sédiments argileux, lentement métamorphosés en schistes. La roche schisteuse est feuilletée, elle se délite en plaquettes et sert même d'ardoises pour les toits.

Un peu D'histoire

La guerre des camisards, les "fous de dieu"

Guerre des Camisards, massacre de St BarthelemyAppuyé par de nouveaux missionnaires capucins , l’abbé semble prendre son rôle très au sérieux et cristallise alors toutes les haines. Son assassinat en 1702 déclenche la célèbre guerre des camisards, la première véritable guérilla moderne. Des petites troupes de mécontents se groupent autour de quelques chefs basés sur la montagne. On trouve Jouanny sur le Lozère, Castenet sur l'Aigoual, Laporte dans les vallées des Gardons, Abraham Mazel sur le Bougès. Ils ne sont guère plus de mille à deux mille, mais ils connaissent parfaitement leur pays, les serres et les valats, et, grâce à l'appui inconditionnel de la population, ils tiendront tête à une armée de vingt-cinq mille hommes, peu rompue à ce type de combats. Insaisissables, ils échappent toujours. Ils détruisent les églises, tuent les prêtres, massacrent les traîtres et les catholiques. En réponse, les troupes agissent de même, soutenues par des partisans catholiques, mais ne parviennent pas à mater la révolte. Alors, à partir de l'automne 1703, les autorités décident le « grand brûlement des Cévennes » ; sur la liste figurent les noms de quatre cent quarante-six bourgs et hameaux à piller et incendier. A l'origine, ils devaient être raser mais la qualité des constructions l'empêcha. Cavalier, malgré quelques célèbres succès militaires près d'Alès (il met en déroute un régiment de la marine royale), engage des négociations avec le plus prestigieux des chefs militaires de l'époque, le maréchal de Villars. Peu rompu à l'art de la diplomatie, impressionné par les promesses du maréchal, il signe sa reddition sans condition alors que dans le haut pays d'autres se battent encore. Il se réfugie en Angleterre et, après une carrière militaire, devient gouverneur de Jersey.

Roland, l'irréductible, fut tué en août 1704, et Abraham Mazel, après une ultime tentative de soulèvement en Vivarais, fut trahi et tué à son tour, en 1709. Le peuple continua sa résistance, affirmant encore son appartenance à la religion réformée lors des assemblées du Désert.

L'âge d'or de la soie en Cévennes , trente ans de richesses(1820-1850)

Fruits d'une campagne de vers à soieEn 1820, la Restauration marque la fin de cette récession et le début d'un véritable âge d'or des Cévennes, période de prospérité inégalée qui va durer trente ans.
L'éducation du ver à soie devient la Principale industrie agricole ; on plante toujours plus de mûriers, aux dépens
même des cultures traditionnelles. A Saint-Etienne, on dénombre 186 hectares de mûriers pour 42 hectares de champs cultivés...
Parfois, des élevages trop importants obligent les paysans à acheter la feuille de mûrier dans la plaine ; ce simple commerce devient vite rentable. Les habitants de la haute Lozère ou de l'Aveyron descendent au début du printemps pour récolter la feuille et travailler dans les magnaneries aménagées au dernier étage des maisons. En quinze ans, de 1820 à 1835, on passe de 950 tonnes de cocons produits à 2 700 tonnes (518 tonnes de soie grège), soit le quart de la production française.
Les nombreux petits ateliers de filature dispersés, qui avaient déjà suppléé au travail à domicile, ne fonctionnent que quelques mois par an et vont être abandonnés au profit d'unités plus grandes, plus perfectionnées et plus productives.
L'introduction de la vapeur, tout d'abord pour chauffer l'eau, utilisée ensuite comme source d'énergie pour entraîner les tours, marque le passage de l'artisanat à l'industrie.
Les bourgs cévenols fixent les nouvelles filatures ouvertes toute l'année : il n'est plus question de complément d'activité, on y devient ouvrier à plein temps. En 1841, il y a dix-neuf filatures à Saint-Jean-du-Gard, vingt et une à Alès, comptant chacune environ cinquantes ouvrières.

Le châtaignier, l'arbre à pain des Cévennes

Champs de chataigniers dans les CévennesLa zone d'élection du châtaignier se situe entre 500 et 800 mètres, parfois plus si l'exposition est bonne. Au sommet des versants, on distingue nettement sa limite supérieure qui cède la place aux crêtes rocheuses couvertes de landes à bruyères (callune). Arbre idéal des terres pauvres et des sols acides (schistes ou granites), il a aisément conquis toutes les pentes cévenoles. Seule contre-indication : le calcaire. En effet, le châtaignier, arbre calcifuge par excellence, ne supporte absolument pas cette roche ; il renseigne donc parfaitement sur la nature du sol et est absent de toutes les basses Cévennes. Dans de rares cas, il pousse sur ces terrains (Saint-Jean-du-Gard, Brahic), mais ses racines s'ancrent alors dans le schiste ou le granite sous-jacent. Les feuilles apparaissent assez tard, en mai, et dès le mois de juin on voit sur le même arbre les longs chatons mâles et les fleurs femelles. Après fécondation par le vent ou les insectes, vers la mi-septembre, les bogues vertes et piquantes apparaissent, contenant chacune trois châtaignes. Le châtaignier, comme le mûrier, est un arbre qu'il faut greffer si l'on veut obtenir des espèces adaptées aux besoins. Le greffage le plus courant est le greffage en fûts. Autrefois, durant le mois d'avril, des hommes parcouraient les châtaigneraies pour y greffer les jeunes plants âgés de deux ans, les sauvageons, à l'aide de rejets pris sur les plus beaux arbres de leur plantation. Le châtaignier atteint sa pleine maturité à trente-cinq ans, puis reste bon Producteur jusqu'à soixante-dix ans. On le coupe alors pour le bois et le tannin. Le renouvellement de la châtaigneraie, lorsque les arbres deviennent vieux, est obtenu par recépage, c'est-à-dire en greffant les rejets de souches. Surnommé l'arbre à pain car il assurait la subsistance quotidienne des montagnards.

Sur les traces de Stevenson

Robert Louis StevensonDécouvrir les Cévennes, c'est en quelque sorte suivre l'invitation au voyage que Robert Louis Stevenson nous lançait à la suite de son Voyage avec un âne dans les Cévennes en 1879. A cette date, ces montagnes restaient encore ignorées du grand public qui n'avait d'yeux que pour les Alpes ou les Pyrénées.

Pourtant, un siècle et demi plus tôt, elles avaient fait la une de toutes les gazettes de l'époque et depuis restaient inscrites au coeur de tous les protestants comme le symbole d'une résistance acharnée pour défendre leur foi. Ceux qui avaient fui vers les pays d'Europe avaient contribué à cette notoriété et le jeune Stevenson, d'origine protestante, y était sensible, lui qui voulait voir de lui-même « ce qu'il restait de toute cette poussière et de ces héroïsmes surannés ».

Traversant le mont Lozère puis Le Pont-de-Montvert et la vallée de la Mimente, tout en nous faisant part du charme des jeunes femmes et de ses démêlés avec Modestine, sa seule compagne, il se rappelle les hauts faits de ces « fous de Dieu », de ces prophètes qui massacrèrent et résistèrent avec l'aide de Dieu face à 25 000 dragons du roi.

D'autres voyageurs avant lui avaient déjà sillonné le pays ; botanistes de l'Aigoual, prospecteurs de richesses minières ou huguenots en quête de racines sur la terre de leurs ancêtres camisards, mais ils restaient rares et Lequeutre, le géographe des célèbres guides Joanne, s'étonne de ce que les paysans soient « si peu habitués à voir des touristes visiter leur beau pays, l'une des contrées pourtant les plus originales de France ; leur premier mouvement est l'étonnement, sentiment auquel succède une sorte de reconnaissance pour celui qui se risque dans ce pays de loups ».

Le Parc National des Cévennes

Un parc habité

Carte Parc National des CévennesLe parc national des Cévennes reste le seul parc national habité parmi les sept parcs nationaux existants en France. Il couvre une superficie de 91 500 hectares, soit neuf cents kilomètres carrés, dans laquelle vivent près de six cents habitants presque exclusivement agriculteurs. Mais le parc n'est pas propriétaire du sol. L'essentiel du territoire, soit 65 %, est en propriété privée, 25 % en propriété domaniale ; le reste appartenant aux collectivités locales.

La zone périphérique s'étend tout autour sur 237 000 hectares, comptant une population de 41 000 habitants. Dès lors, l'action du Parc ne pouvait se limiter à une simple préservation de la nature, de la faune et de la flore ; Pour maintenir « vivant » un paysage fortement marqué par l'homme depuis plusieurs siècles, il fallait maintenir l'activité agricole des habitants et préserver toute une communauté rurale avec sa culture en l'intégrant dans des circuits économiques « réalistes ».

Ainsi, un certain nombre d'aides ont été versées aux agriculteurs pour permettre l'amélioration des exploitations agricoles par la remise en culture de terres abandonnées, la régénérescence de la châtaigneraie, le maintien de la transhumance ovine et le rachat de terres destinées à être louées aux éleveurs dans des conditions intéressantes.

Faune et Flore

Sabot de VénusA la diversité des milieux naturels et des conditions climatiques correspond une grande diversité de la flore. On dénombre 1 500 espèces, soit le tiers de la flore française dont trente-cinq espèces arborescentes naturelles. Une vingtaine d'espèces protégées au niveau national peuvent y être observées. On compte également plus de la moitié des espèces de lichen. On trouve en outre une vingtaine d'espèces endémiques régionales et une dizaine d'espèces endémiques locales, c'est-à-dire qu'on ne rencontre qu'ici. Quelques espèces sont considérées comme rares (de nombreuses orchidées, le sabot de Vénus, l'adonis printanière) et font l'objet d'une protection sévère.


Vautours dans les CévennesLa faune du parc, en raison de l'extrême variété des milieux naturels, boisements et landes, est très riche mais reste parfois difficile à observer. Plusieurs espèces ont progressivement disparu au cours de l'histoire en raison de la pression démographique : chevreuil au XV siècle, ours au XVIe, lynx au XIXe, cerf et grand tétras au XVIlle, enfin loup, vautour fauve et gelinotte au XX» siècle. La déprise agricole et la nouvelle extension des forêts ont permis la réintroduction de certaines d'entre elles avec succès. Cerfs et chevreuils parcourent à nouveau les forêts de l'Aigoual, du Bougés et du Lozère (ils atteignent aujourd'hui quelques centaines de têtes) ; des plans de tir ont été mis en place pour les campagnes de chasse à partir de 1986. Les castors présents dans les Gardons ont retrouvé les rivières atlantiques du Tarpon, du Tarn et de la Dourbie. Le mouflon, introduit avant la création du parc, se maintient bien sur le flanc sud de l'Aigoual et dans les gorges du Tarn. Les oiseaux restent les plus nombreux avec 135 espèces, soit 40 % de l'avifaune européenne, dont dix-neuf espèces de rapaces diurnes et nocturnes (aigle royal, faucon pèlerin, grand duc, outarde canepetière, buse, bondrée, busard, circaète, etc.).La réintroduction du vautour fauve, engagée dès 1969 par le F.I.R. (Fonds d'intervention pour les rapaces) et soutenue par le Parc, a débuté réellement en 1981 avec le lâcher de huit oiseaux. Une petite colonie de plus de quatre-vingts oiseaux, dont quarante nés en liberté, survole aujourd'hui les gorges de la Jonte. Dans le massif du Bougés, la réintroduction du grand tétras (grand coq de bruyère) semble en bonne voie mais se heurte encore à plusieurs difficultés (manque de clairière, trop grande homogénéité du peuplement forestier, prédateurs, promeneurs, etc.). On trouve parmi les petits carnivores belette, fouine, martre, blaireau, renard et genette.

Protection de la nature

Cerf dans le Parc des CévennesLe Parc veille également à la protection du milieu naturel, de la faune et de la flore, et ce de manière scientifique. Il a procédé à la réintroduction de diverses espèces (castors, vautours fauves, grand tétras, cerfs, chevreuil, etc.). Plusieurs réserves (au total 13 500 hectares) sont interdites à la chasse, excepté quelques tirs de sélection. Le parc des Cévennes est le seul parc national où la chasse soit autorisée, selon certaines conditions de gestion des populations d'animaux. Cette chasse est par ailleurs réservée aux gens du pays. Mais elle reste néanmoins l'enjeu de l'une des négociations les plus délicates entre habitants et administration.


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Voir également :

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