Le châtaigners,
l'arbre des terres pauvres
La zone d'élection du châtaignier se
situe entre 500 et 800 mètres,
parfois plus si l'exposition est bonne. Au sommet
des versants, on distingue nettement sa limite supérieure
qui cède la place aux crêtes rocheuses
couvertes de landes à bruyères (callune).
Arbre idéal des terres pauvres et des
sols acides (schistes ou granites), il a
aisément conquis toutes les pentes cévenoles.
Seule contre-indication : le calcaire. En effet, le
châtaignier, arbre calcifuge
par excellence, ne supporte absolument pas cette roche
; il renseigne donc parfaitement sur la nature du
sol et est absent de toutes les basses Cévennes.
Aiguillonne, bourrude, olivonne...
Par
le greffage, le nombre de variétés a
pu se multiplier à l'infini.
Mais plutôt que des espèces à
gros fruits qui n'étaient d'aucun intérêt
autrefois, on a cherché à obtenir des
variétés rusti- ques pour étendre
au maximum l'aire de culture.
De plus, selon les régions, la nature du sol
et l'altitude, l'apparence des arbres et des fruits
varie, donnant lieu à autant d'appellations
différentes d'une même variété.
Ainsi, l'aiguillonne est précoce,
le fruit est gros, long et pointu mais ne se conserve
pas ; la bournelle est tardive, grosse
et bonne ; la boudinenque d'excellente
qualité est employée de préférence
dans la confection du bou- din, mais l'arbre est peu
fertile. Quant aux gros fruits de la bourrude
précoce, ils sèchent bien et l'arbre
pousse facilement dans les ravins. La meilleure de
la Lozère,
avec le marron de Lozère,
est le marron de Planchamp, près
de Villefort,
très recherché pour la confiserie.
Le châtaigniers, l'arbre à pain des
Cévennes
Une
fois ramassées, les châtaignes
sont ensuite desséchées lentement par
la fumée d'un feu de bois. Une fois séchées,
les châtaignes doivent être « blanchies
», c'est-à-dire qu'il faut en ôter
les deux enveloppes : pour cela, on les « pizze
».
La méthode la plus ancienne, utilisée
pour de petites récoltes, est celle des «
soles », ces chaussures aux
semelles plantées de pointes métalliques
avec lesquelles on piétine les fruits. Une
méthode plus courante fut par la suite celle
du battage au « sac pizzadou
» : on remplit de châtaignes un gros sac
en toile de lin que deux personnes, face à
face, battent trente fois sur un billot de bois. Puis,
au XIXe siècle, des moulins à
pizzer, petites machines assez simples, font
leur apparition.
Alors seulement les châtaignes, devenues bajanes,
pourront être conservées toute l'année
dans un grand coffre. Les plus grosses seront vendues,
les brisets donnés au bétail. Parfois,
on en transforme une partie en farine pour faire du
pain. Mais la consommation la plus courante reste
la fameuse « bajanat » ou soupe de châtaigne
que l'on mange tous les jours et dans toutes les fermes.
Aujourd'hui encore, quelques vieux Cévenols,
habitués à ce menu quotidien, ne voient
guère pourquoi ils en changeraient.
Une fois les dernières châtaignes ramassées,
on fait passer les bêtes, chèvres et
moutons, qui se délectent des fruits oubliés
ou laissés. Puis en janvier-février,
on ratisse les pelous que l'on brûle et l'on
ramasse les dernières feuilles qui serviront
de litière.
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